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Pas assez de temps pour lire nos critiques complètes ? Qu'a cela ne tienne, voici une page sur laquelle vous trouverez des résumés rapides, clairs et concis sur chaque album de la discographie de Danny Elfman. Un système de boules est disponible pour ceux qui n'ont vraiment pas le temps, mais si vous avez 5 minutes, n'oubliez pas de lire les petits textes (je pense qu'ils renseignent bien mieux que les notes ^^)...

 Forbidden Zone
 
Premier album de Danny Elfman (à l’époque encore accompagné de l’ex-troupe de théâtre The Mystic Knights Of The Oingo Boingo), premier chef-d’oeuvre. Alors certes, on est bien loin des envolées lyriques poétiques ou gothiques de ses futurs albums dans le domaine du cinéma. Ici, on baigne dans du déjanté total, du fou, du taré. Alternant chansons de Rock Circus très Boingoienne dans l’âme, reprises tordues de classiques des années 30 avec l’ajout de bruitages débiles, musiques instrumentales variées (l’industrielle Factory, l’émotionnelle Love Theme, la rock jazzy Battle of The Queens...), chansons variées (la débile Alphabet Song, la jazzy Squeezit The Moocher) cet album est l’un des plus complets qu’il m’ait été permis d’entendre de ma vie. L’un des plus tordus aussi, incontestablement. Mais il est néanmoins amusant de constater que certaines pistes annoncent vraiment les futurs travaux de Danny. On a ainsi droit à des consonnances de Nightmare Before Christmas dans Queen’s Revenge, les accents mystiques de Beetlejuice dans le premier Love Theme, les choeurs faisant « lalalala » dans le Finale, ou encore l’ancêtre de Oogie Boogie’s Song (dans NBC toujours) à travers Squeezit The Moocher. Un album au final déjanté mais complètement jouissif, bien que très difficile d’accès, surtout si on a jamais entendu de chansons d’Oingo Boingo.

 Pee Wee's Big Adventure
 
Le premier véritable travail d'Elfman en tant que compositeur de musique de film (N'oublions pas qu'il était accompagné de son groupe Oingo Boingo pour la BO de Forbidden Zone...) et première collaboration avec Tim Burton. Pee Wee est un film fou, timbré, burlesque à souhait et totalement loufoque. La musique suit la même mouvance, Danny ayant adopté un style se rapprochant de Nino Rota (pour les films de Fellini), à savoir des compositions évoquant fortemment des musiques de cirque. Mélodies farfelues, débauche de cuivres, on a l’impression à plusieurs reprises d’écouter l’accompagnement d’une pièce de théâtre à tendance burlesque. Moins sombre que ses travaux suivants, Pee Wee respire généralement la gaité, hormis lors de quelques sursauts d’angoisse avec Stolen Bike qui pastiche agréablement Psycho de Bernard Herrmann, ou encore Clown Dream, qui adopte la tonalité « cirque de l’enfer » que l’on retrouvera dans plusieurs oeuvres de Danny. Un premier travail vraiment réussi, même si l’orchestration fait palôt de nos jours.

 Wisdom
 
Très différente du Elfman qu'on a l'habitude d'entendre, cette bande-son arbore une atmosphère aventureuse et "jungle" étrange, mais particulièrement plaisante et envoutante. Les synthétiseurs sonnent parfois rétros, mais l'ambiance est là. A noter qu'il n'y a quasiment pas de mélodie, et que tout se joue sur les percussions (déjà...). On peut remarquer des ressemblances avec certaines musiques d'Oingo Boingo (en particulier Just Another Day, qui véhicule la même atmosphère).

 Back to School
 
Danny Elfman a toujours composé par “période”, c’est à dire que sur un intervalle de deux à trois ans, la plupart de ses BO articulent leur tonalité autour de celle qu’il a composé pour Burton pendant la même période. Le cas Back To School n’échappe pas à la règle, et on se retrouve avec un travail musical très proche de Pee Wee, même si légèrement moins déjanté et farfelu. Les pistes sont dans l’ensemble relativement sympathiques, et expriment plus un aspect aventureux que burlesque, même si le côté musique de cirque est toujours présent. Mais il n’y a rien d’absolument transcendant, hormis peut-être le beau Love Theme. Vous pourrez retrouver cette BO sur le même CD que Pee Wee.

 Scrooged
 
Aventureux, parfois sombre et burlesque, Scrooged est un album particulièrement efficace, mais qui se révèle vite conventionnel si on connait notre Danny Elfman sur le bout des doigts. Tous les effets stylistiques du compositeur de cette époque se retrouvent présents dans cette BO, qui demeure tout de même particulièrement plaisante. Les cuivres sont prédominants, mais les meilleures phases restent inconstestablement celles utilisant les choeurs enfantins et le "lalala" qui, redondant ou non, est toujours aussi jouissif. A noter aussi la présence furtive d'un clavecin, chose assez rare chez Danny (on le retrouve dans Tales Of The Crypt, The Frighteners et Corpse Bride).

 Midnight Run
 
Relativement proche du rock d'Oingo Boingo par moments, avec surtout des consonnances jazzy et funky, la bande-son de Midnight Run est particulièrement réussie. Guitare électrique, batterie, saxophone, piano, tous les instruments propisces à la création d'une telle atmosphère sont présents, et si certaines pistes sont plus calmes, on est souvent embarqué dans un ton musical qui donne envie de se dandiner le derrière. Sympathique et frais.

 Big Top Pee Wee
 
Si la bande-son de Pee Wee's Big Adventure était très proche des musiques de cirque à la Nino Rota, là on oeuvre carrément dans le pastiche pur et simple : entre sons de fête foraine dans tous les sens et parodies mélodiques. Mais la partition a nettement moins d'identité que celle du premier Pee Wee, et à part dans un Love Theme plutôt beau, on ne distingue pas la moindre once d'originalité. Agréable, mais très anecdotique.

 Beetlejuice
 
Seconde collaboration avec Tim Burton, après la fructueuse alliance sur Pee Wee... Danny Elfman évolue déjà, et nous propose une bande-sonore d’une richesse peu commune. Contrairement à la BO de Pee Wee qui restait quelque peu ancrée dans sa tonalité musique de cirque, Beetlejuice est un album très varié. On passe de la marche burlesque entrainante du Main Theme (dont la mélodie est culte depuis bien longtemps), au mysticisme de Lydia Discovers, en passant par la poésie gothique de The Incantation et la gaité joyeuse de The Aftermath. Si l’on regrette la trop faible durée du travail musical de Danny sur le CD (seulement une trentaine de minutes), il reste que la BO de Beetlejuice est tout bonnement excellente et pose de nombreuses marques que l’on retrouvera dans les oeuvres suivantes du compositeur. C’est aussi un bon moyen de pénétrer de plein pied dans son univers gothico-burlesque.

 Batman
 
Avec Batman, on ne rigole plus. Tim Burton transcende le statut hollywoodien de son film pour en faire un oeuvre d’une fascinante noirceur, et Danny Elfman suit une fois de plus la mouvance, créant ce qui est certainement l’un de ses travaux les plus aboutis. Ce CD est une invitation à un voyage dans les ténèbres. Déjà, la mélodie à la fois triomphante et funèbre qui correspond au Main Theme est tellement géniale qu’elle est maintenant connue de tous. Mais outre ce thème mythique de Batman, la BO nous propose des pistes d’actions à la richesse inégalable, balancées par de nombreux changements de rythme et une instrumentation on ne peut plus complète, pour un résultat atteignant souvent une puissance incommensurable. Le goût du compositeur pour la débauche de cuivres et l’utilisation d’un piano dans les graves transparait comme jamais. On a aussi droit à des pistes plus douces et romantiques, parfois plates mais rarement dénuées d’intérêt. Elfman nous fait aussi partager son goût pour le dérisoire et le malsain, avec la valse de la mort composée pour le personnage du Joker. Une bande-son au final très complète, très sombre et puissante, et d’une richesse fascinante. Mention spéciale pour la fantastique Descent Into Mystery, véritable ode aux ténèbres.

 Nightbreed
 
Avec Nightbreed, sorti à peu près à la même période qu'Edward Scissorhands (un peu avant il me semble), Danny Elfman use pour la première fois à fond les choeurs enfantins qui ont si bien fait sa renommée. Ajoutons à cela une orchestration massive proche de Batman, des sons cristallins, une bonne bouchée de percussions, et on obtient ce score à la fois violent, ténébreux, angoissant et magique. Un album extrêmement caractéristique de l'ancien style du compositeur et une excellente mise en bouche avec Edward et Batman Returns, encore plus inspirés.

 Edward Scissorhands
 
Considérée par son propre auteur comme son travail préféré, adulée par les fans comme étant l’une des plus belles musiques de film jamais composée, la BO d’Edward Scissorhands est une oeuvre culte, inconstestablement. Miroir de la dimension poétique qui habite Danny Elfman, elle est un travail d’une grande richesse, et intègre totalement les fameux choeurs féminins qui s’imposeront comme l’une des marques de fabriques du compositeur. Divisée en deux parties, à savoir l’accompagnement de l’ascension d’Edward puis de son rejet, cette BO alterne pistes d’une douceur onirique et magique pénétrante, et musiques plus sombres sans qu’elles perdent de leur puissance lyrique, bien au contraire. On s’emmerveille avec le Main Theme et le Story Time, deux beautés qui s’apparentent à des contes musicaux d’une féérie rare, on ris gaiement de la naiveté touchante de Beautiful New World ou Edwardo The Barber, on se coupe du temps et du monde pour jouir de la splendeur poétique de la Ice Dance, on ressent les frissons provoquées par la seconde partie du CD qui est plus ténèbreuse et triste et enfin on pleure à l’écoute du Grand Finale, la plus belle musique jamais composée. Si vous devez l’acheter me demandez-vous ? Non mais relisez ce que je viens de dire !

 Dick tracy
 
Plus encore que Darkman, Dick tracy est une bande-son qui se rapproche beaucoup de Batman. C'est moins ténébreux, certaines envolées sont plus héroïques, mais au niveau de l'orchestration (assurée comme pour toute l'oeuvre de Danny par son compère guitariste d'Oingo Boingo, Steve Bartek) et des mélodies, c'est assez semblable. On a même droit dans le Main Titles à un passage copié/collé sur celui de l'homme chauve-souris. Ce qui n'enlève bien sur rien à la qualité intrinsèque des compositions de Dick Tracy, plutôt bonne, mais cette absence d'originalité se veut d'autant plus regrettable que Dark Man dispose d'une bien meilleure musique dans le même genre.

 Darkman
 
Le film de Sam Raimi est un long-métrage typé comics-live absolument génial, par moment d’un kitsch assumé mais dans l’ensemble d’une ampleur dramatique assez saisissante. La musique d’Elfman hérite des consonnances de Batman, et s’impose comme une oeuvre d’une grande noirceur. Thématiquement parlant, on ne retrouve pas de mélodie vraiment marquante, ce qui n’empêche aucunement aux diverses musiques d’être excellentes. L’utilisation des cuivres fait évidemment clairement penser au travail effectué sur l’homme chauve-souris et quelques effets instrumentaux, comme les martelements rythmiques ou les envolées de violons, évoquent Batman Returns avant l’heure. Darkman est une BO d’une grande richesse, certes peu originale, mais se démarquant par son atmosphère ténébreuse et tragique et l’utilisation parcimonieuse d’un orgue et de quelques choeurs. Probablement l’un des meilleurs travaux de Danny Elfman hors-Burton.

 Batman Returns
 
La BO de Batman Returns est à l’image du film, folle. Une oeuvre folle oui, totalement ahurissante, impensable, hallucinante. Mais elle existe bel et bien. Déjà, mettons les choses au clair, si vous voulez découvrir la plupart des facettes habituelles de Danny Elfman, c’est ce CD qu’il vous faut. Quoique ce constat reste relatif, dans la mesure où tous les genres qu’il exploite d’ordinaire se retrouvent ici transcendés. Oui car Batman Returns est une oeuvre de démesure, grandiloquente mais pas dans un sens péjoratif. La splendeur ténébreuse du thème de Batman est accentuée par l’ajout des choeurs féminins mirobolant d’Edward Scissorhands. Les séquences d’affrontement héritent de compositions burlesques explosives qui se présentent comme la représentation absolue d’un cirque infernal. Catwoman arbore une mélodie d’une mélancolie bouleversante et jouée par des violons miaulants fascinants. Le thème du Pingouin est une marche funèbre, poétique et tragique d’une beauté rarement égalée. Tout l’Elfman que j’adore se trouve dans cette BO, d’une qualité qui atteint le paroxysme. Le CD le plus long de la carrière du compositeur, mais aussi le plus complet. Le meilleur, tout simplement.

 Sommersby
 
Danny Elfman prépare le terrain avant Dolores Clairborne, véritable sceau de l'évolution du compositeur. La BO de Sommersby fait très hollywoodienne sur les bords, avec son absence de folie et ses consonnances à la John Williams ou James Horner, ce qui n'est bien sur pas péjoratif. Le Main Theme est en tout cas beau et envoutant, et le reste du CD est globalement dans le même ton, avec quelques élans romantiques, et d'autres plus celtisants et aventureux. L'utilisation de la flûte de pan me fait jouir de bonheur. A noter d'ailleurs quelques ressemblances avec Big Fish, dix ans avant, de par quelques élans country. Une belle bande-son, vraiment très agréable.

 The Nightmare Before Christmas
 
The Nightmare Before Christmas (que j'appellerai NBC) est l'une des BO où Elfman s'est le plus investi, allant même jusqu'à imposer ses idées dans la création du film et en mettant les musiques au premier plan, faisant ainsi de NBC un véritable conte musical. La plupart des chansons sont mythiques, même si peu de monde connait l'auteur de ces compositions magnifiques. Elfman ne trahit pas ses amours, et nous propose des thèmes sombres, burlesques et poétiques, à travers des compositions d’une richesse qui fait honneur au talent de Danny. Ce dernier officie d’ailleurs en tant que chanteur dans son oeuvre, prêtant sa voix au personnage principal du film, Jack l’épouvantail. Les diverses chansons sont toutes géniales, en plus d’être variées. On passe ainsi de la baroquement burlesque This Is Halloween, dont la mélodie est devenue à mythique, à la plainte mélancolique de Jack’s Lament et Poor Jack, en passant par le délire jazzy d’Oogie Boogie’s Song, l’allègrement lumineuse et entrainante What’s This et la gothique et schizophrène Making Christmas. Un CD tout simplement excellent, varié, d’une grande beauté, et reconnu par certains comme le meilleur travail d’Elfman.

 Dolores Clairborne
 
Cette BO est charnière dans l'oeuvre globale de Danny Elfman. Elle marque un changement musical absolument primmordial, le compositeur délaissant sa folie poétique débridée pour des consonnances plus subtiles, douces et surtout matures. L'aspect thématique et mélodique est moins mis en avant, ce sont plutôt des couleurs musicales qui prédominent (ce qui a bien sur toujours été le cas des musiques de Danny, mais dans une mesure différente). Dolores Clairborne est un album très porté sur les cordes et une atmosphère sombre. Si d'un point de vue purement musical, les oeuvres de Danny Elfman deviennent plus abordables à partir de cette BO, car moins radicales, elles se révèlent en fait plus difficiles d'accès, car arborant une écriture complexe et une ambiance globale difficile à appréhender. Pas de thème accrocheur, de point de repère véritable. Dolores Clairborne est en tout cas un excellent CD, qui ne livre ses trésors et richesses qu'aux plus patients des auditeurs, et ces derniers en sont finalement bien heureux. Comme quoi, les évolutions du compositeur ne se font pas toujours avec son compagnon de toujours, Tim Burton.

 Black Beauty
 
Si le film est très niais et plein de bons sentiments, la musique est quant à elle très portée sur une émotion simple et subtile, et s'avère finalement très originale, ce qui est le maitre mot d'Elfman à cette époque. Les élans celtisants, le côté enjoué et lumineux ou tout simplement la beauté d'ensemble nous immergent dans un univers gai et doux. Très loin de la féérie d'Edward Scissorhands, il y a quand même une magie certaine qui se dégage des cordes de la partition de Black Beauty, qui, sans être véritablement une oeuvre majeure du compositeur, est une BO d'une grande beauté qui se doit d'être découverte.

 To Die For
 
Le compositeur entame une nouvelle période musicale, ce qui ne signifie pas qu'il abandonne pour autant ses délires. To Die For est une oeuvre en tout cas assez folle, particulièrement débridée au niveau du Main Theme, qui alterne phases poétiques, gothiques, martiennes (?!) et heavy metalleuses (!!). L'auditeur est destabilisé mais jubile face à cet élan de folie à condition de ne pas y être hermétique. Le reste de la BO est par contre plus anecdotique, moins chaotique et amusant, sans tomber dans de la soupe non plus, bien au contraire. Mais toute l'originalité se retrouvant dans le Main Theme, la suite se revèle tout de suite moins trépidante.

 Dead Presidents
 
Très étrange, pas forcément très agréable à l'écoute, cette bande-son est pourtant particulièrement intéressante. Aucun jeu mélodique, tout le travail est effectué au niveau de l'atmosphère et des percussions (Danny tâte le terrain avant Mission Impossible). C'est très sombre, très ambiant, mais l'écriture fait preuve d'une grande finesse et l'instrumentation est par moment très étonnante. Comme dans To Die For, on note l'incursion d'une guitare électrique, mais à des fins ici nettement moins délirantes. Très riche, très dense mais particulièrement hermétique, cette BO n'est pas à mettre entre toutes les oreilles. Les fans de Danny Elfman y verront surtout une preuve du grand éclectisme dont fait preuve le génie.

 Mission Impossible
 
En plein dans sa période de renouvellement musical, la BO d'un thriller de la trempe de Mission Impossible tombe à pic pour Danny Elfman, qui peut exploiter pleinement les possibilités qui lui sont offertes. Il articule ainsi son travail autour de nombreuses percussions, délaissant ainsi un aspect mélodique qui de toutes façons n'aurait pas nécessairement convenu aux images du film de De Palma. En résulte des compositions d'ambiance très prenantes, parfois stressantes, et faisant preuve d'une écriture complexe. Une BO d'une grande richesse vers laquelle le fan d'Elfman se doit de porter son regard, sous peine de passer à côté d'une bonne oeuvre qui préfigure déjà Planet Of The Apes sur certains points (si si). On sent clairement l'influence du changement d'orientation opéré avec Dolores Clairborne, et toute la maturité du compositeur transparait pleinement. A noter une incursion sublime de l'émotion dans la très belle et tragique Betrayal, tout en cordes et choeurs.

 Freeway
 
Avec 1 dollar symbolique comme salaire, Danny Elfman livre ici un délire musical particulièrement violent pour accompagner les images du film taré de son ami Matthew Bright. Il retrouve ses choeurs d'enfants, et les mélange à des percussions malades et une guitare électrique qui joue sur les saturations, pour un résultat qui sent bon la féérie déjantée et malsaine. Les consonnances électro pulullent, tout le travail est une fois de plus assigné à l'atmosphère globale, et la bande-son fait preuve d'une homogénéité réjouissante. Ah, il est sur que vous ne retrouverez pas ici l'émotion d'un Edward ou Black Beauty, mais cet album vous fera passer un bon moment si vous êtes assez tordus.

 Mars Attacks!
 
Le film de Burton, Mars Attack!, a le mérite d’être une satire burlesque nappée d’un humour noir délectable. Le réalisateur a bien évidement choisi une fois de plus Danny Elfman à la composition des musiques du film. Le résultat reste cette fois malheureusement relativement mitigé, avec des compositions allant évidemement parfaitement avec le film mais malheureusement moins travaillées qu'à l'accoutumée pour les films de Burton. Le long-métrage s'éloignant de l'atmophère habituelle des autres Burton, on n'est pas étonné de voir qu'Elfman tente de rester à la fois proche et éloigné de ses travaux habituels. Les musiques restent dans un ton burlesque évident et l'ensemble demeure quand même assez riche musicalement, avec des mélodies réussies, et une très bonne utilisation des choeurs. A vrai dire, le Main Theme est tout simplement génial, dans un style rétro évoquant les films de science-fiction des années 50, mais incluant aussi une dimension futuriste de par certains sons électroniques et les choeurs déformés. Mais le gros problème de la BO se situe dans sa variété intrinsèque, quasi-inexistante. Le thème principal est beaucoup trop présent, ce qui rend l’écoute vite redondante. Du très bon travail qui accompagne à merveille le film, mais un CD assez dispensable car vite lassant.

 Men In Black
 
Elfman reste avec cette BO dans la continuitié de Mars Attack, avec une inspiration moindre, et des compositions dans l'ensemble peu fouillées (hormis la très efficace Orion/Black Stinger), pour accompagner quand même d'une bonne façon un film drôle et efficace (il ne faut pas nier la qualité de certains divertissements). Danny continue donc dans sa période un peu faiblarde, avec cette BO absolument pas indispensable, loin de la richesse à laquelle nous a habitué le compositeur. Reste le Main Theme, loufoque, burlesque, délirant et très entrainant.

 Sleepy Hollow
 
Nouveau film de Burton après Mars Attack!, l'auteur renoue cette fois avec sa véritable passion, le ténébreux (qui atteint ici son apogée à travers une qualité esthétique incroyable) et le féérique. Et Elfman suit la mouvance, on ne peut donc cacher notre joie à l'écoute des musiques de Sleepy Hollow, pour la plupart toutes magnifiques et empreintes d'un style à la fois baroque, sombre et poétique. Le Main Theme (que l'on entend « malheureusement » dans toutes les musiques du film) fait parti des meilleures mélodies de Danny. On ne peux que s'extasier à l'écoute de la BO, qui ne comporte aucune fausse note. L'apogée se situe autant au début (Introduction et le Main Titles) qu'au milieu (Into The Woods/The Witch) et à la fin (End Credits). Certes, l’ensemble est par moment répétitif, et surtout un peu trop bruyant, les pistes d’actions flirtant avec la surenchère. Mais c’est composé avec une telle maitrise, un tel sens de la création d’atmosphère, qu’on pardonne aisément le caractère un peu redondant de l’album.

 Planet of the Apes
 
Après Dolores Claiborne, Planet Of The Apes est la seconde BO charnière de l'oeuvre du compositeur, marquant une orientation vers un style légèrement différent de ce qu'on lui connait habituellement, des musiques plus furieuses, plus violentes, moins mélodiques, moins poétique, mais toujours aussi riches et denses. Voilà comment pourrait être caractérisée la BO de Planet Of The Apes, qui reste encore à ce jour la plus représentative du nouveau tournant d'Elfman. La plupart des pistes sont une fois de plus excellentes, avec notamment les deux versions du Main Theme (le Deconstruction étant génial). L'ensemble est donc très homogène, et la tonalité sauvage et puissante du film transparait totalement à travers les compositions. Orchestration massive, cuivres en puissance, percussions à tout va, cette BO semble vouloir réveiller l'animal qui sommeille en nous, joue avec les pulsions les plus primitives et finalement s'apparente à un véritable exutoire de la violence. Impressionnant est le mot qui convient le mieux. Reste que cette BO, à l'écriture complexe, est relativement difficile d'accès, mais c'est une constante de l'oeuvre d'Elfman.

 Spider-Man
 
L'adaptation du Comics culte étant une vraie réussite (surtout quand on regarde les divers Spawn ou autre Batman 3 et 4 à côté), Elfman se devait de faire une musique à la hauteur du film. Ca tombe bien, la « nouvelle » orientation du compositeur s'adapte à merveille avec le contexte du long-métrage. Danny nous signe des musiques d'actions virevoltantes, avec une grande richesse comme à son habitude, et l’on retrouve d’ailleurs les choeurs féminins qu’il aime tant. On a droit aussi à des pistes plus romantiques, parfois plates mais dans l’ensemble vraiment jolies. Mélodiquement parlant, Elfman nous propose deux thèmes principaux superbes pour accompagner le personnage de Spider-Man, l’un envolé et triomphant, l’autre plus doux et tout en retenue. S’il est évident que cette BO nous évoque plusieurs anciens travaux du compositeur, principalement Batman et Planet Of The Apes, on a tout le même droit à quelques expérimentations intéressantes, notamment vis-à-vis de l’utilisation de la guitare électrique dans Costume Montage. Moins intéressante et puissante mais plus variée et émotionnelle que Planet Of The Apes, la BO de Spider-Man est une belle oeuvre.

 Men In Black II
 
Le second film racontant les mésaventures des fameux chasseurs d'Extra-terrestres est relativement raté, surtout en comparaison du premier qui faisait dans le divertissement efficace, on pouvait donc en attendre autant de la BO (surtout en se remémorant le manque d'inspiration total sur le premier opus). Et pourtant Elfman nous surprend, et le fait qu'il soit dans une bonne période nous permet d'obtenir des musiques nettement plus efficaces que dans le premier, avec son orientation plus bourrine qui continue de faire ses preuves. Il est évident que la BO n'atteint pas la variété d'un Spider-Man ou la puissance d'un Planet Of The Apes, mais l'ensemble reste réussi, et on ne s'ennuit pas à l'écoute de la dizaine de musiques présentes sur l'album.

 Red Dragon
 
Red Dragon est la préquelle de Hannibal et du Silence des Agneaux. C'est le grand Hans Zimmer (Gladiator, Thin Red Line, The Rock...) qui s'est occupé de la partition pour le second opus (Hannibal). Elfman n'a semble-t-il pas souhaité conserver une ligne directrice musicale, et cette BO baigne pleinement dans son style actuel. Orchestration massive, consonnances très sombres, très peu de jeu mélodique, pas de doutes on est bien dans la période post-Planet Of The Apes. En plus d'un ton stressant inévitable, une certaine violence se dégage un peu de cette partition, qui accumule les effets musicaux enfantins (les clochettes notamment) pour laisser transparaitre une atmosphère malsaine. Le thème principal est en tout cas génial, mais quel dommage que le reste de l'album soit très uniforme. Ecouter ce CD d'une traite n'est en tout cas pas chose aisée. Une bonne BO atmosphérique, mais qui ne restera pas dans les annales.

 The Hulk
 
Si la déception a été ma première impression, la BO de Hulk revèle finalement de jolis trésors au fil du temps. Certes, on a encore l'impression d'entendre une alternative de Planet Of The Apes. Certes, l'hétérogénéité est de mise, certaines pistes atteignant des sommets de platitude. Mais à côté de ça, les expérimentations du compositeur vont bon train, entre l'utilisation du duduk, de la voix féminine orientale, les consonnances électros, les deux musiques arabisantes. Le Main Titles, génial, est quant à lui un bel hommage aux cordes de Bernard Herrmann. Hulk est une BO très portée sur l'action, avec donc de nombreuses pistes violentes à l'orchestration massive, et qui s'avère finalement plaisante sur de nombreux points. Dommage néanmoins que l'inégalité règne, et que les diverses expérimentations ne soient pas toutes parfaitement exploitées.

 Big Fish
 
Elfman aurait-il enfin signé son grand retour (demanderont certains)? Bien sur que non. Le compositeur assure lui-même que les expérimentations de sa jeunesse ne l'intéresse plus. Inutile d'attendre sans arrêt un retour de Danny à la période 89-93. Enfin, même avec son renouvellement constant, certains trouvent encore qu'Elfman se recycle... Mais parlons peu, parlons bien. La BO de Big Fish est empreinte d'une tonalité très lyrique et douce. On se retrouve ainsi avec un style rappellant A Simple Plan, voire Black Beauty et Sommersby par des sonorités parfois folkoriques, ou même country (en effet, on ressent assez souvent une influence du Sud de la Californie dans certaines compositions du CD). Le principal reproche que je fait à cet album est la courte durée des compositions du maitre (seulement 38 minutes d'écoute en tout), surtout si l'on prend en compte la présence imposante mais néanmoins indispensable du Finale de 11 minutes, qui combine à lui seul tous les ingrédients qui font de cette BO une réussite. Un CD à ne pas mettre entre toutes les oreilles tant il nécessite une écoute approfondie pour faire transparaitre sa vraie valeur. Les autres n'y verront qu'un Elfman recyclant ses recettes habituelles, sans le talent d'antan, voire même carrément des compositions plates, ce qui n'est nullement le cas. La BO de Big Fish est une oeuvre à la fois folklorique, poétique, romantique et dramatique, qui apporte quelques touches d'originalité fort plaisantes, et s'avère d'une profondeur insondable. Danny Elfman n'a pas dit son dernier mot!

 Spider-Man 2
 
A l'image du film, bien supérieur au premier opus, la musique de Spider-Man 2 est d'une virtuosité exemplaire. Certes, on peut reprocher au compositeur une facheuse tendance à reprendre notes pour notes certains passages musicaux du 1, mais l'ensemble est si riche, si puissant, si doux que l'on ne peux que s'extasier sur de nombreuses pistes. Si les thèmes d'actions n'ont pour la plupart rien de transcendant (dans un simple souci de continuité depuis Planet Of The Apes), les musiques plus en retenues retiennent facilement l'attention. En effet, à mi-chemin entre Big Fish et les beaux moments romantiques du premier Spider-Man, les thèmes calmes nous enivrent d'une poésie et d'une émotion assez étonnantes. La subtilité de ces pistes devient alors jubilatoire. Hormis cela, on note que le Main Titles, assez peu différent du premier opus, est toujours aussi grandiose. De même, les thèmes de Doc Ock sont très bons, même si inférieurs à celui qui représentait le Goblin. Les deux pistes à retenir sont Armageddon/A Really Big Web (surtout la seconde moitié) et principalement Train/Appreciation, qui en plus d'être inédite, propose une phase rythmée hallucinante d'intensité, et une seconde phase d'une émotion impressionnante. Un CD au final plutôt bon et surprenant, même si trop peu original. Une sorte de fusion agréable de Big Fish, Spider-Man et Planet Of The Apes.

 Charlie and the Chocolate Factory
 
Contre toutes (mes) attentes, Danny Elfman n’a pas continué sur la lancée d’originalité opérée avec Big Fish. Au contraire, la BO de Charlie évoque à de nombreuses reprises les anciens travaux du monsieur. Le Main Titles est à ce sujet totalement délirant et jouissif, mélangeant les envolées orchestrales d’un Spidey avec des sons électroniques de Mars Attacks tout en usant à quelques reprises de la boite à musique qui caractérisait si bien la féérie de l’époque d’Edward Scissorhands. Le reste de la BO arbore aussi ces différentes tonalités, passant aisément de la poésie onirique aux pistes plus grandiloquentes, avec un aspect second degré intervenant à quelques reprises, le tout toujours dans une qualité assez excellente. Et puis, il y a les chansons, au nombre de cinq. Totalement loufoques et délirantes, elles rappellent aisément les vieux trips d’Oingo Boingo, avec le même type de pistes second degré usant beaucoup de voix étranges. Au niveau stylistique, ces chansons versent aussi bien dans le dance et le funk que le ska et le hard rock, sans oublier la parodie de la maison des poupées de Disneyland en première piste. La BO est dans son ensemble excellente, on sent qu’Elfman a pris son pied à composer, et il transmet cela à l’auditeur. Mais deux bémols plombent un peu la BO : une absence regrettable d’originalité (mais pas de surprise !) et le peu de développement réservé aux mélodies, alors que certaines sont superbes.

 Corpse Bride
 
Sublime, un tantinet original et toujours envoutant, cet album de Corpse Bride est la nouvelle merveille de Danny Elfman. Si je m'écoutais, j'inonderai ce texte de propos dithyrambiques, mais ce serait trahir la maturité dont a fait preuve le compositeur à l'écriture de cette BO. Oui car, bien que loin de Nightmare Before Christmas, le travail effectué sur Corpse Bride témoigne d'un assagissement finalement très profitable, car le compositeur incorpore une subtilité rare dans la création d'atmosphère et dans l'écriture des morceaux. Thématiquement parlant, on ne retrouve véritablement que le très beau main theme, décliné à de nombreuses reprises tout au long du CD, avec quelques apparitions d'autres mélodies, dont certaines magnifiques (La partie douce et lyrique de Tears To Shed). La variété de la bande-originale se trouve ailleurs, dans les multiples tonalités : on passe de la mélancolie féérique du Main Titles, à des consonnances plus victoriennes et gothiques, à des séquences particulièrement sombres voire effrayantes, à des relents de l'ère Romantique dans les deux solos de piano, ou encore à du vieux jazzy façon années 30. Les quatres chansons sont elles aussi exceptionnelles, et toutes différentes. L'utilisation du piano et du clavecin donne un parfum de fraicheur à l'oeuvre de Danny Elfman, qui nous livre une bande-son qui fera date je pense, tant elle regorge de subtilités, tant sa richesse est grande, tant certaines pistes lyriques atteignent des sommets de pureté rarement approchés (la Moon Dance). Merci Danny, vraiment.

 Charlotte's Web
 
Une bande-son indéniablement mineure dans la carrière du compositeur, qui en profite pour se reposer quelque peu après une année 2005 époustouflante. Ce qui n'enlève rien au charme certain de ce CD rafraichissant et enthousiasmant. Les relents bucoliques et rêveurs de Big Fish et Black Beauty lui confèrent un aspect doux et poétique, loin de la mièvrerie qu'on pouvait craindre. Et la candeur ambiante s'avère touchante, au même titre que les fulgurances féériques qui font jusqu'à nous faire frissonner lorsque les chœurs s'en mêlent. En bref, on est en territoire (très) connu, mais nul doute que le plaisir est là, et Elfman ne cède jamais à la facilité. Très agréable donc.

 Meet The Robinsons
 
Nouvelle bande-son mineure pour le compositeur. Fruit d'une collaboration avec Disney, cet album comprend logiquement un bon lot de chansons, ne laissant que trente minutes de score à Danny Elfman. Ce dernier est en mode automatique, et nous livre un travail peu inspiré (jusque dans les mélodies, certaines sonnant clairement comme « déjà entendues ») mais tout de même de qualité, avec de nombreux passages très bons. Toutefois, il n'y a pas vraiment de charme qui se dégage de ces élans orchestraux, au contraire d'un Charlotte's Web plus frais et léger. Heureusement, il y a des incursions jazzy vraiment bienvenues et qui apportent une once d'originalité à cette BO. Meet The Robinsons est donc loin d'être indispensable, mais reste efficace et plaisant.
    
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